vendredi 26 novembre 2010

Désirs d’ailleurs

Ses doigts tremblaient de froid et ses lèvres marmottaient quelque chose d’incompréhensible. Cette nuit de fin d’octobre restera par la suite comme celle qui se distingua par un chagrin insoutenable, une frustration et un sentiment de rejet que même elle ne pouvait supporter.

Nos souvenirs sont le principal obstacle à la satisfaction et la réjouissance tant espérée ; c’est ce qu’elle ne cessa de se répéter tout au long de la soirée. Revisitant tout ses souvenirs d’enfance, ses premiers chagrins d’adolescente, est surtout ses premiers désirs de femme à l’âge adulte. Elle ressentait la première main qui caressa jadis ses hanches, le premier baiser qui venait atterrir sur ses lèvres : et ses doigts continuaient à trembler. La nuit était glaciale et ses souvenirs qui enveloppaient ses désirs solitaires d’un sentiment d’incapacité, la frustraient de plus en plus.

Dans des soirées pareils elle s’était habituée à trouver refuge dans l’écriture de quelques notes, elle considérait cela comme une sorte de thérapie, une manière de faire face à ces souvenirs qui ne cessaient de l’harceler ; dans ce duel entre la pensée et les mots transcrites sur du papier, elle était toujours la gagnante. Cependant quand les mots refusent, s’insurgent et s’obstine dans une désobéissance acharnée, elle se trouvait réduite à une contemplation sans fin, des regards égarés se cherchant dans les moindres détails d’un quotidien qui ne cesse de se répéter, et une vie qui ne cesse de s’éparpiller le long des chemins clairsemés d’indifférence et de mépris.

Depuis déjà quelques années, elle s’est trouvée sans savoir comment d’ailleurs, convaincu de l’idée qu’une vie joyeuse est le projet inachevé de toute femme. Elle vivait dans une société qui aimait la femme mais qui ne la comprenait pas, qui désirait cette féminité sans savoir la satisfaire, qui jouissait avec elle mais qui lui défendait la jouissance. Cette incapacité à considérer comme possible l’amélioration du quotidien faisait face à un désir interne, un appel qui venait du fond de ses pensées, un cri assourdissant de l’instinct qui se trouvait délaissé et trahi : elle craignait de ne jamais être une mère, non pas qu’elle le voulait spécialement mais de peur de le regretter plus tard…

16 commentaires:

illusions a dit…

Magnifique.... Rien autre à dire
Bonne continuation

adel a dit…

Merci illusions c'est un plaisir de t'avoir comme lectrice.

Venus a dit…

Tout d'abord c'était avec plaisir de lire que j'ai tout oubilé autour de moi, ensuite au fur et à mesure des lignes, mon identité ne cesse d'apparaitre, pour former une noeud dans la gorge..

des sentiments confus et inexpliqués m'ont envahit pour me laisser sur le pavé d'une histoire oubliée de tout sauf de moi même..

c'est fort, c'est blessant et tellement véridique...

adel a dit…

Chapeau bas Venus !

Haîfa Dhaou a dit…

J'ai lu .. pour le commentaire ( to be continued) j'ai pas fini de deguster pour commenter

adel a dit…

j'attendrai la suite Haifa...

Haîfa Dhaou a dit…

Ben j'allais dire que c'est mon portrait , mais je vois que je suis pas la seule a penser ainsi, peut etre ce n'est qu'une illusion .. et je ne sais plus aussi quoi sentir vraiment si j'admet mon instinct .. dois je jouire de çà ou avoir de la peine pour moi ..

adel a dit…

@haifa: savoure tout simplement Haifa

Anonyme a dit…

Rien d’étonnant, je suis toujours au paradis lorsque je lis ce que tu écris..
On se sent tout petit et à la fois grandi de capter autant de grâce, de talents et de forces ; j’aimerais tellement pouvoir faire suivre à des amis qui ne l’auront pas vu, le beau et spirituel..que de talents , encore.. continue toujours à nous faire rêver..

adel a dit…

@anonyme: merci anonyme, c'est flatteur!

Jeune maman a dit…

Toute femme arabe et musulmane trouvera le tiraillement de son âme dans ce que tu viens de rédiger, y compris ta cousine .
J'y suis dans une partie du texte sauf pour le fait de " vouloir spécialement" avoir un bébé parce que c'est ce que je désirais depuis toujours et mon ami et cher cousin Riadh en est témoin et si je l'avais pas eu ( mon bébé) je l'aurais regretté pour le restant de ma vie .
Pour finir, je suis fière qu'au sein de notre famille naisse un jeune écrivain,je te félicite et d'avoir vaincre le blanc infini des pages par l'écriture, et de l'avoir fait dans une langue autre que celle de ta formation de base.
Bonne continuation...

Anonyme a dit…

Partagée entre la frustrationn d'être dévoilée et le plaisir d'être comprise, ton texte m'a vraiment touché et je te félicite pour ton talent d'intuition. j'ai spécialement affectionné ce passage "Cependant quand les mots refusent, s’insurgent et s’obstinent dans une désobéissance acharnée, elle se trouvait réduite à une contemplation sans fin, des regards égarés se cherchant dans les moindres détails d’un quotidien qui ne cesse de se répéter, et une vie qui ne cesse de s’éparpiller le long des chemins clairsemés d’indifférence et de mépris." Bravo, y aurait-il une suite prévue pour ce texte poignant?
bonne continuation

adel a dit…

@anonyme : l'idée d'une suite n'attendait qu'une personne qui en redemande, bienvenue anonyme si c'est ta première visite , sinon j'apprécie bien que tu es repassée ;)

Anonyme a dit…

Octopus: J'en suis ravie :) oui, ça a été ma première visite, Merci de ton accueil :) et vu que je suis repassée je prends aussi la deuxième ;)
au plaisir de te re-lire :)

ناصر ابوشنب a dit…

كيف تركتني أرحل والحزن يقتلني؟!
كيف قذفتني في اليم لشطآن تنكرني؟!
أعرف البداية.. فهل نسيتيني؟!
طفل يداعب خصلاتك..مثل نسمات الربيع
صبي يلهو في طرقاتك...
يفجر الفرح في حزنك .. ينابيع
شاب يزين بالزهر مفرقك ..
ويدفئك من برد الصقيع.
كيف تركتني كقصاصة ورق..
في أدراج الرياح أضيع ؟!

adel a dit…

welcome nasser to the blog, feel free to comment whenever you like ;)